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Charles Van Lerberghe
1861 / 1907


Extrait de : La Roulotte, numéro spécial consacré à Charles van Lerberghe,
Paul Lacomblez, Bruxelles, s.d. (1904-1905), pp. 27-28)

 

Charles van Lerberghe est véritablement le poète, selon la conception symboliste, c'est-à-dire celui qui aperçoit dans les choses, par delà leurs formes extérieures, à travers leur matérialité et leur fixité, « des visages qui regardent ».

Nul n’a au même degré que lui, je crois, le don d’émerveillement; il apporte, dans la contemplation du monde, l’étonnement qu’il faut et je ne sais quelle inépuisable nouveauté d’imagination qui le fait comme un enfant simple et tout ébloui devant le spectacle de la nature. Grâce à cette faculté, il réalise une incomparable fraîcheur d’images, par où s’expriment ses visions ou mieux ses « entrevisions », que caractérise souvent une originalité non-pareille. Et rien de nébuleux ni d’hermétique dans ses poèmes, où la gracieuse musicalité du rythme s’unit à une clarté cristalline et à une précision exquise; la forte culture latine de l’écrivain de la Chanson d’Eve l’a préservé d’un art « abscons et abstrus » à la Mallarmé, comme son idéalisme souriant l’a gardé de tout pessimisme.

L'un des principaux représentants du mouvement symboliste en Belgique. Il appartient à cette Flandre francophone qui donna sans doute au pays le meilleur de ses écrivains d'expression française et l'un des surgeons les plus originaux du symbolisme. Comme Verhaeren, son aîné, comme ses condisciples Maeterlinck et Grégoire Le Roy, Charles van Lerberghe fut formé par les jésuites au collège Sainte-Barbe à Gand. En 1886, dans la revue Pléiade, puis dans Le Parnasse de la Jeune Belgique l'année suivante, paraissent ses premiers vers, tandis que La Wallonie, après avoir publié certains de ses contes, sort en 1889 une pièce ; Les Flaireurs, dont s'inspira largement Maeterlinck lorsqu'il composa L'Intruse (1890). C'est un recueil de poèmes, Entrevisions (1898), qui révéla la nature du talent de Van Lerberghe : toutes les ressources de la poésie symboliste au service d'une inspiration nettement marquée par l'influence des préraphaélites. Cependant, c'est La Chanson d'Ève, parue en 1904, qui donna toute la mesure de Van Lerberghe. Ce long poème qui couvre tout un volume constitue en quelque sorte l'épopée du symbolisme, mais une épopée sans pompe comme sans exploits guerriers et dont l'héroïne est la femme découvrant le monde dans son éternelle nouveauté et « lui imprimant, dans la perspective des inévitables destructions, le sens même de ce qui ne meurt pas



Bien que conteur ou dramaturge à l'occasion, Van Lerberghe fut essentiellement un poète. Nul davantage sans doute que lui ne mérite l'étiquette de «symboliste». Admirateur fervent de Mallarmé et de Maeterlinck, il donne très vite à son oeuvre un style et un climat très personnels. Les poèmes de Solyane annoncent La chanson d'Ève, qui est son chef-d'œuvre; ses pièces comme ses contes éclairent l'univers poétique qu'il habita: «un brouillard de lumière» où se distinguent à peine les ombres passantes de jeunes filles, symboles de rêves et d'idées.

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Ah ! combien d'heures blondes
Au bois dormant
Au coeur solitaire du bonheur
C'est de leurs voix que j'ai redit
C'est en toi, bien-aimé, que j'écoute
C'est le premier matin du monde
Cachée en ce beau lit de branches...
Ce soir, à travers le bonheur
Comme Dieu rayonne aujourd'hui
Comme elle chante
Comme une branche d'aubépine
Crépuscule du matin
Dans ma prière du matin
Dans un parfum de roses blanches
De ces terrasses où, le soir, il flotte encor
De mon mystérieux voyage
Elle dort dans l'ombre des branches
Elle s'avance, comme je viens
Ève pleurait. Ses mains cachaient sa tête pâle
Il luit dans l'ombre
Je l'ai cueilli ! je l'ai goûté
Je l'ai prise dans mes bras
Je l'ai tué, je l'ai tué
L'adieu
L'ange de l'étoile du matin
L'attente

L'aube blanche dit à mon rêve
L'herbe est molle et profonde
L'onde tremble comme une moire
La barque d'or

La douce nuit vers elle est venue
La mort
Ma soeur la Pluie
Nous voici. Dans le ciel naît l'aurore nouvelle
Ô beau rosier du Paradis
Ô Lumière
Ô ma parole
Oh ! de grâce, fleur que je cueille
Qu'il vient doucement sur la terre
Quand vient le soir
Regarde au fond de nous : nous sommes l'Emeraude
Roses ardentes
Si tu veux les voir, m'a dit une Fée
Songe
Un silence se fit dans le déclin du jour
Une aube pâle emplit le ciel triste
Veilles-tu, ma senteur de soleil
Vers le soleil s'en vont ensemble
Du Pays du sommeil au Pays du Réveil (1906)
Sélection surnaturelle 1905)
Reine illusion (1889),
La Grâce du sommeil (1889),
Si j’étais Dieu ( ou comment je devins écrivain ) 1910),
Immoralité légendaire (1910),
Les Conquérants (1891)
La Veillée (1893)
Tale (1890)
Noël des bêtes (1898)
Commentaire sur La Chanson d'Ève
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